A quand remonte le “Dites-le avec des fleurs” ?

Les fleurs…  Matière première du miel, mais de tellement d’autres choses. Que ce soit pour célébrer la naissance d’un nouveau-né, pour la fête des mères, pour déclarer sa flamme ou encore pour pleurer un être aimé, les fleurs nous accompagnent dans tous les moments de notre vie. Bien souvent, nous les offrons pour partager nos émotions : notre amour, notre joie, notre tristesse, etc. Pour certains, chaque fleur est pourvue d’une symbolique : les roses rouges de l’amour, le gui de la longévité, le bégonia de l’amitié ou encore le chrysanthème offert en hommage aux défunts. Elles peuvent également présenter une connotation religieuse, comme dans le cas du rituel hindou du « Pûjà », au cours duquel des fleurs sont déposées sur des statues pour apaiser et honorer les divinités. Mais depuis quand utilisons-nous ainsi les fleurs ? A quand remonte cette tradition ? D’après une récente étude israélienne, l’innovation ne proviendrait pas de preux chevaliers offrant des fleurs à leur dulcinée mais plutôt d’hommes préhistoriques revenant de la chasse au mammouth. 

Découverte d’un magnifique cimetière fleuri

Tout a commencé par des travaux d’excavation dans la grotte Raqefet, située dans le Mont Carmel au nord d’Israël. Lors de ce projet, une équipe internationale d’archéologues, dirigée par le professeur Dani Nadel de l’Université de Haïfa (Israël), a mis au jour un véritable cimetière, avec 29 squelettes identifiables. La présence d’empreintes de plantes a révélé une minutieuse préparation de l’enterrement. Les cadavres étaient disposés en position fléchie, sur une litière de fleurs. Le choix des fleurs ne semble pas non plus avoir été laissé au hasard : les fleurs utilisées étaient principalement des fleurs colorées et aromatiques.

à gauche : une photographie de deux squelettes prise durant les travaux d’excavation à droite : reconstruction de la tombe au moment de l’inhumation crédit photo : E. Gerstein, Université de Haïfa (Israel)

à gauche : une photographie de deux squelettes prise durant les travaux d’excavation
à droite : reconstruction de la tombe au moment de l’inhumation
crédit photo : E. Gerstein, Université de Haïfa (Israel)

Mais de quand date ce cimetière ?

Une datation au carbone 14, technique basée sur la mesure de l’activité radiologique du carbone 14 contenu dans la matière organique, a été réalisée par le docteur Elisabetta Boaretto de l’Institut Weizmann. Elle indique que les corps ont été enterrés entre 13 700 et 11 700 avant Jésus-Christ. Pour vous faire une idée de ce que représentent ces chiffres : à cette époque on trouvait encore en Europe des mammouths. Et des dinosaures ! Je vois d’ici votre regard sceptique, mais même si les tyrannosaures et autres ont disparu bien avant l’apparition de l’espèce humaine, de récentes études ont révélé que les oiseaux sont bel et bien des dinosaures à part entière. Nul besoin d’aller à Jurassic Park, vous pouvez admirer de magnifiques Pigeonnus dinosaurus à Paris !

Les Natoufiens : un peuple sédentaire avant l’heure

A cette époque, les Natoufiens occupaient le Moyen-Orient. Ce peuple de chasseurs-cueilleurs semble avoir été à l’origine des premiers villages occupés de manière permanente. Il marque ainsi dans le Moyen-Orient la transition entre le paléolithique final et le néolithique, une aire caractérisée par l’apparition de l’agriculture et donc par la sédentarisation de ses habitants. Cet abandon de la vie nomade a permis la construction des premiers véritables cimetières. Même si divers cimetières natoufiens ont été découverts, il s’agit de la toute première fois qu’une utilisation de fleurs est mise en évidence chez ce peuple, révélant ainsi cet usage bien plus ancien que présumé.

Les fleurs jouaient déjà un rôle social à l’aire des mammouths. Et alors ?

L’utilisation de fleurs dans les cérémonies d’enterrement nous renseigne sur différents aspects cognitifs, sociaux et culturels. D’un point de vue cognitif, elle marque une prise de conscience avancée de la mort ainsi que la mise en place de rites, de traditions. Pourquoi nos ancêtres ont tenu à offrir des fleurs à leurs défunts demeure un mystère, mais la probabilité d’un rôle spirituel, voir même religieux, est loin d’être négligeable. Ces fleurs, bien plus que de simples précurseurs du miel, nous permettent d’entrevoir une société pré-agriculturale complexe, subissant de profonds changements révélateurs de la fin du paléolithique et de la transition vers le néolithique.

Coralie EBERT, Volontaire internationale chercheuse à l’Institut Weizmann, Israël

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