Serge Haroche, un Français Prix Nobel de Physique 2012

Serge Haroche, à droite, avec un jeune chercheur dans son laboratoire à Paris.
Crédits photo : Christophe Lebedinsky/AP

Le physicien français Serge Haroche, 68 ans, co-lauréat du prix Nobel de physique avec l’Américain David Wineland, est un explorateur de l’étrange monde quantique, qui défie, selon lui, “notre intuition classique”. Le physicien a déclaré, mardi, avoir été “un peu abasourdi” par l’annonce, confiant avoir dû s’asseoir sur un banc quand il a reçu en France l’appel de l’Académie royale des sciences de Suède. “C’est quelqu’un d’extrêmement enthousiaste, dynamique, s’intéressant à beaucoup de choses, comme la musique, la littérature”, a indiqué Claude Cohen-Tannoudji, professeur honoraire au Collège de France, dont Serge Haroche a été l’un des premiers élèves. “C’est un homme qui a des qualités scientifiques et humaines remarquables”, a-t-il ajouté. Spécialiste de physique atomique et d’optique quantique, Serge Haroche avait déjà été récompensé en 2009 par la médaille d’or du CNRS.

D’abord intéressé par les mathématiques, Serge Haroche s’oriente très vite vers les sciences physiques. “J’étais fasciné par le fait que la nature se comprend par des lois mathématiques et je fus vite attiré par la physique qui ajoutait aux mathématiques une contrainte majeure : celle du réel”, racontait-il en 2009. Ses travaux ont permis d’étudier et d’illustrer expérimentalement certains postulats de la mécanique quantique qui défient l’intuition. Ils visent à comprendre le passage du monde quantique au monde macroscopique de notre quotidien, un phénomène de “décohérence” que des expériences sur des photons captifs, insaisissables particules de lumière, ont permis de “saisir au vol”.

Défenseur de la recherche fondamentale

Les atomes et les photons ont constitué le fil directeur de sa carrière scientifique : “Je me suis toujours attaché à réaliser au laboratoire des expériences impliquant des atomes et des photons dans des situations exotiques que l’on ne rencontre pas habituellement dans la nature.” “C’est une recherche qui paraît à beaucoup très ésotérique et très technique”, expliquait-il, rappelant cependant que les transistors, le laser ou la résonance magnétique nucléaire, à la base de l’imagerie IRM, étaient “des technologies qui n’ont pu être développées que grâce à la connaissance du monde quantique”.

Né à Casablanca d’un père juif marocain, avocat, et d’une mère d’origine russe, enseignante, il quitte le Maroc à 12 ans, quand le pays obtient son indépendance. Sa famille préfère ses attaches avec la France, tissées par ses grands-parents, directeurs de l’Alliance française.

Serge Haroche a fait ses études à l’École normale supérieure (ENS), où il effectue sa thèse, sous la direction de Claude Cohen-Tannoudji. À sa sortie de l’ENS, il intègre le CNRS. Maître de conférences à l’École polytechnique, professeur à l’université Paris-VI et membre de l’Institut de France, il a également enseigné pendant neuf ans à l’université de Yale, aux États-Unis. Nommé en 2001 professeur au Collège de France dans la chaire de physique quantique, Serge Haroche dirige le groupe d’électrodynamique des systèmes simples au sein du laboratoire Kastler Brossel du département de physique de l’ENS. Il est depuis le 1er septembre administrateur au Collège de France.

Le chercheur est un fervent défenseur de la recherche fondamentale, “une recherche basée sur la curiosité pure”. Serge Laroche est membre de l’Académie des sciences, de l’Académie européenne des sciences et membre associé de l’Académie nationale des sciences des États-Unis. Marié, il est père de deux enfants. Il est officier de la Légion d’honneur.

Source : Le Point.fr – Publié le 09/10/2012 – “Prix Nobel : Serge Haroche, portrait d’un explorateur du monde quantique”