Projet ENCODE : nouvelles révélations sur l’ADN

C’est une avancée majeure dans la compréhension du fonctionnement de la molécule d’ADN. De celles qui pourraient, à terme, faire faire un bond considérable à la médecine. Depuis 2003, près de 450 chercheurs issus de plus de trente laboratoires basés dans différents pays du monde (notamment les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Suisse, l’Espagne, le Japon et Singapour) planchaient sur la réalisation d’une véritable encyclopédie de l’ADN. Patiemment, ces scientifiques ont répertorié chaque séquence en interrogeant sa fonction. Et il en résulte qu’au moins 80 % de la précieuse molécule est active, bien plus qu’on le pensait jusqu’alors. Pourtant, les gènes codant pour la synthèse des différentes protéines constitutives du corps humain (cellules, tissus, organes) ne représentent tout au plus que 2 à 3 % de l’ADN. Le reste avait donc été, fort mal à propos, baptisé “junk ADN”, autrement dit “ADN poubelle”.

Mais, si elles ne codent pas pour des protéines, à quoi servent donc ces séquences ? D’après les travaux des scientifiques du projet ENCODE (Encyclopedia of DNA Elements) qui viennent de faire l’objet de pas moins de trente articles publiés dans différentes revues scientifiques (Nature, Genome Biology et Genome Research), elles constituent une vaste table de contrôle destinée à réguler l’activité de nos gènes. Elles agissent comme des millions de petits interrupteurs capables de commander l’expression ou le silence de ces vecteurs de l’hérédité. Autrement dit, leur rôle serait absolument primordial. “Notre génome est en vie grâce à ces millions d’interrupteurs qui déterminent si un gène doit être activé ou pas”, explique Ewan Birney de l’Institut européen de bio-informatique basé au Royaume-Uni, coordinateur du projet. Au total, quatre millions de ces régulateurs de l’ADN ont déjà été identifiés.

Les chercheurs sont convaincus que des mutations de ces régions de l’ADN sont impliquées dans de nombreuses maladies. Ces travaux ouvrent donc un vaste champ inexploré pour la recherche médicale. De nouvelles études devront ainsi rapidement être menées pour comprendre le fonctionnement de ces “interrupteurs” génétiques et déterminer le rôle précis de chacun d’eux. Puis, plus tard, peut-être les scientifiques finiront-ils par percer le mystère des 20 % d’ADN restants, que nous ne nous empresserons pas de taxer d’inutile…

Par Chloé Durand-Parenti
pour Le Point.fr – Publié le 06/09/2012 à 17:28
source : http://www.lepoint.fr/science/projet-encode-nouvelles-revelations-sur-l-adn-06-09-2012-1503396_25.php