Qui a écrit la Bible ?

Un nouvel algorithme développé à l’Université de Tel Aviv permet de distinguer les différents auteurs de l’Ancien Testament avec une grande précision.

Bien que dans les traditions juive et chrétienne, Moïse soit considéré comme l’auteur du Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible), l’exégèse biblique contemporaine considère que plusieurs auteurs ont participé à la rédaction du texte de la Torah. D’autres livres de la Bible hébraïque et du Nouveau Testament sont également considérés comme des composites. Toutefois, l’identification de ces multiples sources est une tâche laborieuse.

Des chercheurs ont développé un algorithme qui pourrait aider à démêler les différentes sources ayant contribué aux différents livres de la Bible. Le professeur Nachum Dershowitz, du Département d’Informatique de l’Université de Tel Aviv, a travaillé en collaboration avec son fils, le bibliste Idan Dershowitz de l’Université Hébraïque de Jérusalem, ainsi que le professeur Moshe Koppel et son étudiant Navot Akiva de l’Université de Bar Ilan. N. Dershowitz affirme que leur algorithme informatique reconnaît certains indices linguistiques, tels que la préférence pour tel ou tel mot, pour diviser les textes en différents groupes selon leurs auteurs potentiels.

La méthode de Dershowitz et de ses collègues est particulière car elle se fonde uniquement sur une analyse du style, et non sur le sujet ou le genre des textes. Les chercheurs ont pu ainsi contourner plusieurs obstacles méthodologiques qui entravent les études bibliques conventionnelles, comme le manque d’objectivité des études basées sur l’analyse du contenu des textes, et les complications causées par les multiples genres et formes littéraires dans la Bible – entre autres, poésie, narration, textes de loi, et paraboles. Leur recherche a été présentée lors de la 49e conférence annuelle de l’Association for Computational Linguistics à Portland.

Selon le professeur Dershowitz, le logiciel recherche et compare des détails qu’un oeil humain aurait du mal à détecter, tels que la fréquence de l’utilisation de mots de liaison ou de synonymes. Ces détails ont peu d’incidence sur le sens du texte lui-même, mais chaque auteur ou chaque “source” a souvent son propre style. Ces différences peuvent être aussi anodines que la préférence d’un auteur pour l’utilisation du mot « dire » au lieu de « parler ».

Pour tester la validité de leur méthode, les chercheurs ont mélangé au hasard des passages en hébreu des deux livres de Jérémie et Ezéchiel, et ont demandé à l’ordinateur de les séparer. En catégorisant chaque chapître en fonction de la préférence pour tel ou tel synonyme, puis en étudiant l’emploi de mots communs, le programme informatique a été en mesure de séparer les passages avec 99% de précision. Le logiciel a également été capable de distinguer entre les textes “sacerdotaux” – ceux qui traitent des questions telles que les rituels religieux – et “non-sacerdotaux”, une catégorisation qui est largement utilisé par les biblistes.

Bien que l’algorithme ne soit pas encore assez avancé pour fournir aux chercheurs le nombre précis des auteurs probables impliqués dans l’écriture de chacun des livres de la Bible, le professeur Dershowitz affirme qu’il peut aider à identifier des points de transition dans le texte correspondant à un changement de “source”, apportant ainsi un éclairage nouveau à de vieux débats.

Les logiciels informatiques tels que celui du Prof. Dershowitz font partie d’un nouveau domaine d’études appelé “sciences humaines numériques”. Ces logiciels sont développés pour apporter une nouvelle analyse aux écrits historiques. Des programmes existaient déjà pour aider à attribuer un texte anonyme à des auteurs connus selon le style d’écriture, ou de découvrir le sexe de l’auteur. Mais la Bible représente un nouveau défi, explique le professeur Dershowitz, car il n’y a aucun ouvrage attribué de manière indépendante auquel comparer les livres bibliques.

L’algorithme développé peut aussi fournir de nouvelles informations sur d’autres écrits provenant d’auteurs inconnus. Comme le logiciel peut identifier des indices linguistiques subtils, il est capable d’identifier des différences de quelques pourcents, ce qui n’avait jamais été possible auparavant. “Si l’ordinateur peut découvrir des motifs que les biblistes n’avaient pas remarqué avant, il ajoute une nouvelle dimension à leur travail. C’est en soi extrêmement gratifiant”, explique le professeur Dershowitz.

D’après Jonathan Garel, VI Chercheur