Les techniques de production de pluie artificielle ne sont pas efficaces

L’encensement des nuages (« cloud seeding ») est une technique de modification du climat permettant de contrôler certains phénomènes météorologiques tels que le brouillard ainsi que les précipitations de pluie ou de grêle. Dans le cas de la pluie, l’idée consiste à injecter des particules cristallines (généralement des cristaux d’iodure d’argent) à l’intérieur des nuages. Les gouttelettes d’eau du nuages se regroupent autour des cristaux qui finissent par tomber provoquant une pluie artificielle.

Depuis son utilisation originale en 1946 à New York, cette technologie s’est largement répandue à travers le monde. En 2008 le gouvernement Chinois a employé cette technique dans le but de « vider » les nuages avant qu’ils ne s’approchent de Beijing lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Avec des prix allant jusqu’à plusieurs millions de dollars, les opérations d’encensement des nuages sont une solution coûteuse dans la lutte contre la sécheresse.

Une équipe de chercheurs de l’Université de Tel-Aviv dirigée par le Prof. Pinhas Alpert vient de présenter les résultats de leurs études visant à quantifier l’efficacité de cette technologie. Leur conclusion est choquante. Il n’existe aucune indication montrant que les différentes campagnes d’encensement des nuages menées en Israël depuis les années 60 aient provoqué une quelconque augmentation du niveau des précipitations.

En se basant sur une analyse statistique sophistiquée de données météorologiques regroupant plus de 50 ans de mesures (le plus grand échantillon jamais utilisé dans ce genre de travaux), l’équipe du Pr. Pinhas Alpert montre qu’il n’existe pas de corrélation entre la quantité de pluie tombée et la mise en place ou non d’opérations d’encensement des nuages dans la région. Par exemple, les chercheurs expliquent que les 12% à 15% d’augmentation des précipitations observées lors des premières opérations d’encensement des nuages dans le nord d’Israël dans les années 60 sont dus purement à un phénomène météorologique entièrement disconneté des tentatives de création de pluie artificielle. En particulier, ils ont découvert qu’il y a eu exactement la même quantité de pluie au Liban et en Syrie; régions proches mais non-affectés par les opérations d’encensement des nuages israéliens.

Le Prof. Pinhas Alpert reste toutefois optimiste dans le cas des nuages orographiques. En forme de « soucoupe volante », ces nuages se forment dans les régions montagneuses et ont une dynamique très rapide. Les chercheurs suggèrent que l’encensement de ce type de nuages pourrait avoir une influence mesurable par rapport aux autres types de nuages.

Après plusieurs années consécutives de sécheresse record, l’hiver israélien 2010 promet d’être encore pire. Dans cette situation les résultats de l’équipe du Pr. Pinhas Alpert ne sont malheureusement pas vraiment encourageants. Pour l’instant, il n’y a eu qu’un seul et mineur épisode de pluie entre Chemini Atseret et le début de Hanukkah.

Vous pouvez en apprendre plus en consultant l’article original « Reassessment of rain enhancement experiments and operations in Israel including synoptic considerations » publié en Septembre 2010 dans la revue « Atmospheric Research » :

http://www.sciencedirect.com/science?_ob=ArticleURL&_udi=B6V95-50GMM6B-1&_user=10&_coverDate=09%2F30%2F2010&_rdoc=1&_fmt=high&_orig=search&_origin=search&_sort=d&_docanchor=&view=c&_acct=C000050221&_version=1&_urlVersion=0&_userid=10&md5=031c3b0869bd0d6543495d5d48cd6663&searchtype=a

D’après Laurent BOUE, VI Chercheur