Les abeilles de Tel Rehov révèlent une industrie apicole sophistiquée il y a 3 000 ans dans “le pays où coule le lait et le miel”

De nombreuses peintures murales égyptiennes suggèrent que l’élevage d’abeilles était une pratique courante dans l’antiquité.  Cependant, le manque de preuves archéologiques a semblé pendant très longtemps en contradiction avec les anciens textes du Moyen-Orient. Par exemple, même si la Bible fait souvent référence à Israël comme “le pays où coule le lait et le miel”, les experts avaient proposé que le “miel” était plutôt une image d’esprit pour désigner simplement le nectar des dates ou des figues; fruits communs dans la région.

Il y a quelques années, une équipe d’archéologues dirigée par le Prof. Amihai Mazar de l’Université Hébraïque de Jérusalem a apporté la première preuve de l’existence d’une industrie apicole dans le Levant antique.  Les chercheurs ont découvert des ruches vieilles d’environ 3 000 ans (fin du 10ème ou début du 9ème siècle avant JC) sur le site archéologique de Tel Rehov dans le nord d’Israël.  Située à quelques kilomètres au sud de Beit She’an dans la vallée du Jourdain, la ville comptait, à cette époque, une population d’environ 2 000 habitants qui regroupait à la fois des Israélites et des Cananéens.  Les fouilles ont révélé une trentaine de ruches quasiment intactes laissant supposer qu’il devait exister une industrie apicole organisée avec plusieurs millions d’abeilles à l’époque des premiers rois d’Israël.  En plus du miel, les récoltes permettaient aussi de produire de la cire perdue; matériaux précieux pour le moulage de sculptures et aussi pour l’écriture.

Les chercheurs, toujours dirigé par le Prof. Amihai Mazar, viennent maintenant de faire une nouvelle découverte toute aussi importante.  Grâce à une analyse comparative minutieuse de plusieurs espèces d’abeilles, les scientifiques viennent de démontrer que les colonies d’abeilles dans les ruches de Tel Rehov étaient en fait importées depuis la région d’Anatolie (la Turquie de nos jours).  Cette découverte est importante car elle implique un réseau sophistiqué d’interactions économiques entre les villes du Moyen-Orient.  De manière à maintenir une ligne pure d’abeilles d’Anatolie dans les ruches du nord d’Israël, les Israelites devaient fréquemment importer de nouvelles abeilles reines venant d’Anatolie.  Sans un commerce de commodités efficace et sûr reliant des villes distantes de plusieurs centaines de kilomètres, les colonies de Tel Rehov se seraient rapidement mélangées avec les espèces locales, considérées inférieures aux abeilles d’Anatolie.  Les diverses poteries, amulettes et autres arêtes de poisson avaient déjà démontré que les commerçants de Tel Rehov étaient en contact économique étroit avec Phéniciens (Liban de nos jours), Egyptiens et Grecs.  Les résultats du Prof. Amihai Mazar indiquent que ce réseau d’interactions sociales s’étendait probablement aussi avec des terres éloignées du Nord telles que l’Anatolie.

Quand on pense que l’introduction de colonies d’abeilles Italiennes aux Etats-Unis dans les années 1850-1860 avait générée une petite révolution dans les foyers Américains, le degré de sophistication de la technologie apicole dans le Levant antique force le respect.  De manière ironique la raison pour laquelle les ruches sont restées en superbe état pendant 3 000 ans est attribuée à l’événement qui a totalement détruit Tel Rehov aux alentours de 920 avant JC.  Il est possible qu’un dirigeant Egyptien (probablement le Pharaon Shishak connu pour sa campagne de destruction dans le royaume de Juda et dans le royaume d’Israël), ait, en mettant le feu à la ville de Tel Rehov, permis aux ruches qui étaient alors faites en argile de cuire et de se solidifier leur permettant de survivre quasiment intactes jusqu’à nos jours.

L’histoire ancienne du Moyen-Orient est pleine de mystères et l’archéologie moderne en Israël continue de faire des progrès incessants.  En témoignage de l’exceptionnelle qualité des ses travaux, le Prof. Amihai Mazar a d’ailleurs reçu le prix Israël en 2009.

Les résultats de l’équipe du Prof. Amihai Mazar ont été publiés dans la prestigieuse revue “Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America” (PNAS) en mai 2010.  Vous pouvez trouver l’article original en suivant le lien suivant:

http://www.pnas.org/content/early/2010/06/04/1003265107.abstract

D’après le VI Chercheur Laurent BOUE