Des serpents dans le cerveau

“Entraîne-toi à la mort : qui dit cela t’ordonne de t’entraîner à la liberté. Qui a appris à mourir a désappris à être esclave”. Cette citation du philosophe Romain Sénèque, contemporain de Jésus, révèle que face à un danger, les êtres humains se résignent souvent à s’enfermer dans une sorte de prison psychologique nous ôtant tout jugement objectif. Cependant, les actualités sont remplies d’exemples ou des personnes sont capables de surmonter leurs propres peurs pour accomplir des actions que nous qualifions de “courageuses”.

Une équipe de chercheurs dirigée par le Prof. Yadin Dudai au département de neurobiologie de l’Institut Weizmann vient d’identifier une zone du cerveau qui pourrait contrôler la sensation de peur. L’expérience mise en place par les chercheurs est remarquable de simplicité et d’ingéniosité. Ils ont commencé par recruter un groupe de volontaires qui ont admis avoir peur des serpents; une phobie très répandue dans la population générale.

Les volontaires ont ensuite été placés dans un scanner à résonance magnétique (IRM). Cette technique d’imagerie médicale permet d’obtenir une vue précise de l’activité dans le cerveau. Le test de courage se déroule de la manière suivante : en appuyant sur un bouton, les participants confinés à l’intérieur du scanner décident de faire avancer ou reculer un panier contenant soit un ours en peluche soit un serpent long d’environ 1,5 m. Bien que le “serpent des blés” utilisé dans les expériences ne soit pas dangereux, il n’en est pas moins intimidant.


Les scientifiques ont découvert que quand les participants décidaient de défier leur phobie en faisant avancer le serpent vers eux, un acte de courage, une zone bien précise du cerveau s’éclaircissait sur le scan. Dès que la sensation de peur devenait trop grande, les participants faisaient reculer le serpent, cette zone du cerveau (cortex cingulaire) reprenait une activité normale.

L’équipe du Prof. Dudai en a conclu que cette région du cerveau, cruciale dans le contrôle des émotions, pourrait aussi diriger notre capacité à ignorer la peur et exécuter des actes courageux. De plus, les chercheurs ont remarqué que quand cette zone du cerveau s’active, les symptômes habituels par lesquels la peur se manifeste (sueurs, tremblements…) sont en fait réduits.

Ces résultats suggèrent que des interventions thérapeutiques visant à altérer l’activité du cortex cingulaire permettront de développer des remèdes contre des phobies qui peuvent handicaper la vie de certaines personnes. Cette découverte peut aussi se voir sous un autre angle : est-il possible d’effacer la peur du comportement des soldats? Dans tous les cas, il s’agit d’un résultat fascinant qui appelle à de nombreuses années de recherche avant d’envisager des applications pratiques.

Vous trouverez l’article original publie dans la revue “Neuron” ainsi qu’une interview (en anglais) du Prof. Yadid Dudai en suivant le lien suivant:

http://www.cell.com/neuron/abstract/S0896-6273(10)00467-8

D’après Laurent BOUE, Volontaire International Chercheur