Lutte contre le réchauffement climatique : le rôle bénéfique des forêts ?

L’idée généralement acceptée de nos jours est la suivante : comme les forêts absorbent le CO2 de l’atmosphère, elles se comportent comme les “poumons verts” de la Terre qui réduisent l’effet de serre. Dans un article publié dans la revue “Science” en janvier 2010, des chercheurs Israéliens démontrent que la réalité est moins simpliste. Depuis une dizaine d’années, l’équipe du Pr. Yakir collecte des données de hautes qualité sur les propriétés de la forêt de Yatir située à mi-chemin entre Hébron et Be’er Sheva, aux portes du désert du Negev. Composée principalement de pins d’Alep plantés entre en 1965 et 1969, la station d’observation de la forêt de Yatir fait partie d’un réseau international appelé FluxNet qui opère plus de 600 stations météorologiques à travers le monde.

Dans un premier temps, l’équipe du Prof. Yakir a montré que la forêt de Yatir absorbe autant de CO2 que la plupart des autres forêts. Ce résultat était inattendu car, comparée aux forêts luxuriantes des latitudes tempérées (Europe, Amérique du Nord) ou des zones équatoriales (Amazone, bassin du Congo), la forêt de Yatir se situe dans une zone semi-aride dans le sud d’Israël.

La découverte principale est que la forêt de Yatir fait bien plus que simplement éliminer du CO2 de l’atmosphère pour le stocker dans ses arbres; un processus généralement interprété comme contribuant à un “refroidissement” de la planète par diminution de l’effet de serre. En effet, les chercheurs ont montré que la forêt génère aussi plusieurs mécanismes de rétroaction négatifs ; effets qui contribuent à un “réchauffement”. Le premier effet négatif se comprend facilement. Comme la forêt apparaît beaucoup plus sombre que les alentours, elle retient plus facilement les radiations solaires que le paysage désertique qui l’entoure. Dans un environnement où les nuages sont rares et le soleil intense, cette faible albédo de la forêt contribue à une augmentation locale, mais significative, de la température du sol. Deuxièmement, la question de comment la forêt autorégule sa température de manière à survivre se pose. En l’absence quasi-totale d’humidité dans l’air sec du désert, tout mécanisme impliquant une évaporation par les pores des feuilles est impossible. Comme la forêt de Yatir n’est pas aussi dense que les forêts plus traditionnelles, il se trouve que le surplus de chaleur est évacué par l’intermédiaire de courants d’air entre les arbres; mécanisme qui contourne l’émission de radiations thermales infrarouges dans l’atmosphère. Cela signifie que bien que la forêt soit capable d’autoréguler sa température, survivre et absorber de grandes quantités de CO2, elle absorbe plus de radiations solaires (faible albédo) et elle garde la plupart de cette énergie (faibles émissions infrarouges). La conclusion des chercheurs est que plusieurs décennies de croissance de la forêt seront nécessaires avant que l’élimination de CO2, “refroidissant” l’atmosphère, devienne plus important que ces effets négatifs qui contribuent plutôt a une “augmentation” de la température.

Finalement, les chercheurs suggèrent que contrairement à l’idée reçue que la désertification (6 millions d’hectares tous les ans) accélère le réchauffement climatique, leurs résultats indiquent que grâce a leur albédo très élevée, les déserts contribue a une modération du climat.

Bien que le Prof. Yakir s’accorde sur le fait que les forêts restent le meilleur vecteur permettant de modérer le climat, ses résultats prouvent que la réalité est bien plus complexe que les “cartoons” souvent reportés dans les médias. Dans un monde où la “lutte contre le réchauffement climatique” déchaîne les passions, les travaux rigoureux et originaux du Prof Yakir sont à prendre au sérieux.

Vous trouverez l’article original en suivant le lien suivant : http://www.sciencemag.org/cgi/content/full/327/5964/451

D’après Laurent BOUE, Volontaire International Chercheur

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